Colloque

Les modèles écologiques
du développement humain

Marie-Claire HAELEWYCK - Service d’orthopédagogie clinique - Université de Mons-Hainaut.

             Cette courte synthèse vise à mettre en évidence les apports de la recherche quant à l’intervention. J’esquisserai, dans un premier temps, l’importance des théories en tant que systèmes de référence et indiquerai quelques pistes de recherche-action qui ont déjà fait l’objet d’explorations.

             Une théorie est un ensemble cohérent de propositions capable d’assurer la description ou l’explication d’un ensemble de faits réguliers. Elle intègre plusieurs relations entre des faits, relations demeurées indépendantes jusque-là. Les théories sont pour ainsi dire le système nerveux d’une science. Les faits restent inutiles pour la compréhension tant qu’aucune théorie ne les rassemble et ne les organise en un réseau cohérent. Une théorie est une politique, pas un crédo. Elle n’a pas pour propos de fournir une image du monde, mais seulement une carte. Elle guide les décisions à propos de la meilleure manière de s’occuper du monde, entre autres les décisions concernant la manière de continuer une recherche avec succès.

             Le terme écologie a été introduit dans la littérature en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel alors qu’il travaillait à la définition des relations qui existent entre les êtres vivants et le milieu dans lequel ils vivent. Cette notion, qui s’est développée en même temps que celle de Darwin sur l’évolution des espèces, s’intéressait aux changements qui surviennent chez les organismes vivants en tenant compte non seulement des caractéristiques des espèces, mais aussi des particularités de l’environnement physique, de leur habitat.

             L’écologie, c’est donc l’étude de l’habitat (Oikos : maison, logos: science) défini non seulement comme un lieu (site), mais aussi comme un milieu, c’est-à-dire comme un ensemble de caractéristiques qui s’influencent les unes les autres.

             Ainsi que le rappelle Van Lier : « l’environnement n’est pas une collection de gens ni d’objets : les gens se rencontrent, les objets s’utilisent ou s’emploient, l’environnement s’habite ». Vu ainsi, ce ne sont pas les seules limites spatiales (ce qui entoure) qui définissent un environnement, mais plutôt la disponibilité des objets (physiques et humains) et l’usage que l’on en fait. Cette distinction fondamentale entre «lieu» et «milieu» est d’abord sémantique, mais c’est aussi un élément important du système référentiel de l’écologie. Le milieu a un caractère dynamique où chaque élément est à la fois source et objet d’influence par voie de réciprocité.

             Outre ce caractère dynamique, la seconde dimension qui détermine le milieu est son aspect changeant. L’origine des changements peut aussi bien être interne (due au système d’inter-influence des éléments) qu’externe au milieu, mais les individus qui y vivent ont un effort d’adaptation constant à fournir.

             Nous nous référons donc à un système dynamique d’influences croisées qui s’insèrent dans un milieu de vie.

Quels sont les points d’entrée possibles dans le secteur qui nous occupe ?

             Certaines recherches-actions vont privilégier l’axe milieu et vont tenter de démontrer, par exemple, l’influence de la taille du service et/ou son organisation : service d’hébergement, centre de jour, service résidentiel de nuit. Ils vont mettre en évidence des différences quant à la configuration des réseaux sociaux des personnes en situation de handicap (homogènes, contrastés) et/ou aux degrés de satisfaction des bénéficiaires par rapport au soutien social reçu (Dricot, 2004-2005 ; Haelewyck, 1995-1996 ; Haelewyck & Tessier, 1996 ; Merjavec, 1992-1993 ; Nelis, 1993-1994).

             D’autres vont privilégier l’axe des modalités d’interaction établies au sein d’un service et s’intéresser notamment à l’influence du type de direction des équipes et de l’ouverture aux services généraux, aux modalités de participation des différents partenaires (équipes, personnes handicapées et familles) sur la qualité de vie des bénéficiaires et du personnel (Gousée & Haelewyck, 2006; Haelewyck, 2005).

             D’autres encore, privilégierons les aspects liés au bien-être et/ou la santé mentale ainsi que les éléments liés à la réalisation de soi (Bara & Haelewyck, 2006)

             Chacun de ces axes est intéressant et à mon sens, non exclusif. Ce ne sont que les lectures croisées et les lectures plurielles qui apportent sens et complémentarité aux résultats obtenus.

             La référence à une théorie va alors permettre d’apporter des guides aux décisions. Et, «elle va proposer autant de questions qu’elle ne donnera de réponses ; les réponses, elles mêmes, sont des directives proposées pour l’action plutôt que des affirmations pour la foi» (Assendorf, 1994)

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