Cette courte synthèse vise à mettre en évidence les apports de la recherche quant à lintervention. Jesquisserai, dans un premier temps, limportance des théories en tant que systèmes de référence et indiquerai quelques pistes de recherche-action qui ont déjà fait lobjet dexplorations.
Une théorie est un ensemble cohérent de propositions capable dassurer la description ou lexplication dun ensemble de faits réguliers. Elle intègre plusieurs relations entre des faits, relations demeurées indépendantes jusque-là. Les théories sont pour ainsi dire le système nerveux dune science. Les faits restent inutiles pour la compréhension tant quaucune théorie ne les rassemble et ne les organise en un réseau cohérent. Une théorie est une politique, pas un crédo. Elle na pas pour propos de fournir une image du monde, mais seulement une carte. Elle guide les décisions à propos de la meilleure manière de soccuper du monde, entre autres les décisions concernant la manière de continuer une recherche avec succès.
Le terme écologie a été introduit dans la littérature en 1866 par le biologiste allemand Ernst Haeckel alors quil travaillait à la définition des relations qui existent entre les êtres vivants et le milieu dans lequel ils vivent. Cette notion, qui sest développée en même temps que celle de Darwin sur lévolution des espèces, sintéressait aux changements qui surviennent chez les organismes vivants en tenant compte non seulement des caractéristiques des espèces, mais aussi des particularités de lenvironnement physique, de leur habitat.
Lécologie, cest donc létude de lhabitat (Oikos : maison, logos: science) défini non seulement comme un lieu (site), mais aussi comme un milieu, cest-à-dire comme un ensemble de caractéristiques qui sinfluencent les unes les autres.
Ainsi que le rappelle Van Lier : « lenvironnement nest pas une collection de gens ni dobjets : les gens se rencontrent, les objets sutilisent ou semploient, lenvironnement shabite ». Vu ainsi, ce ne sont pas les seules limites spatiales (ce qui entoure) qui définissent un environnement, mais plutôt la disponibilité des objets (physiques et humains) et lusage que lon en fait. Cette distinction fondamentale entre «lieu» et «milieu» est dabord sémantique, mais cest aussi un élément important du système référentiel de lécologie. Le milieu a un caractère dynamique où chaque élément est à la fois source et objet dinfluence par voie de réciprocité.
Outre ce caractère dynamique, la seconde dimension qui détermine le milieu est son aspect changeant. Lorigine des changements peut aussi bien être interne (due au système dinter-influence des éléments) quexterne au milieu, mais les individus qui y vivent ont un effort dadaptation constant à fournir.
Nous nous référons donc à un système dynamique dinfluences croisées qui sinsèrent dans un milieu de vie.
Quels sont les points dentrée possibles dans le secteur qui nous occupe ?
Certaines recherches-actions vont privilégier laxe milieu et vont tenter de démontrer, par exemple, linfluence de la taille du service et/ou son organisation : service dhébergement, centre de jour, service résidentiel de nuit. Ils vont mettre en évidence des différences quant à la configuration des réseaux sociaux des personnes en situation de handicap (homogènes, contrastés) et/ou aux degrés de satisfaction des bénéficiaires par rapport au soutien social reçu (Dricot, 2004-2005 ; Haelewyck, 1995-1996 ; Haelewyck & Tessier, 1996 ; Merjavec, 1992-1993 ; Nelis, 1993-1994).
Dautres vont privilégier laxe des modalités dinteraction établies au sein dun service et sintéresser notamment à linfluence du type de direction des équipes et de louverture aux services généraux, aux modalités de participation des différents partenaires (équipes, personnes handicapées et familles) sur la qualité de vie des bénéficiaires et du personnel (Gousée & Haelewyck, 2006; Haelewyck, 2005).
Dautres encore, privilégierons les aspects liés au bien-être et/ou la santé mentale ainsi que les éléments liés à la réalisation de soi (Bara & Haelewyck, 2006)
Chacun de ces axes est intéressant et à mon sens, non exclusif. Ce ne sont que les lectures croisées et les lectures plurielles qui apportent sens et complémentarité aux résultats obtenus.
La référence à une théorie va alors permettre dapporter des guides aux décisions. Et, «elle va proposer autant de questions quelle ne donnera de réponses ; les réponses, elles mêmes, sont des directives proposées pour laction plutôt que des affirmations pour la foi» (Assendorf, 1994)