Colloque

Une sexualité en dehors de l’institution c’est possible ?

Dagmär CORNET - Directrice du S.R.A. l’Odyssée

    Il y a trop de silences, trop de souffrances, trop d’inerties, trop de peurs, et pas assez de rires, de confiance, de tendresse, de chaleur et d’érotisme dans la vie des personnes physiquement dépendantes d’autrui. Cette situation est encore bloquée et bloquante et est curieusement lente à modifier.

            Au S.R.A. l’Odyssée, nous avons fait l’engagement de respecter la sexualité des résidants, de leur garantir l’intimité, le lieu nécessaire pour leur épanouissement sexuel. En étant attentif aux besoins de chacun et en mettant en place des aménagements, des facilités et aussi une sexualité tournée vers l’extérieur en faisant appel à des prostituées.

Faire appel à des prostituées, comment ?

            Il ne faut pas brûler les étapes, l’équipe pluridisciplinaire a été préparée. Il a fallu relativiser les craintes et les préjugés, appréhender de nouveaux concepts, celui des tabous sexuels entre autres. Nous avons veillé particulièrement à respecter les limites personnelles de tous les intervenants et l’intimité de la personne handicapée.

            Nous avons également collaboré avec l’ASBL Espace « P » de Charleroi. Ce service nous a apporté différentes garanties :

• un « répertoire » de prostituées qui acceptent de recevoir des clients présentant un handicap physique.
• le sérieux, la rigueur dans des domaines comme la sécurité (limitation de la confrontation à la criminalité), les finances, l’hygiène et le port du préservatif.

            Les tarifs proposés par les prostituées sont énormes par rapport à l’allocation de remplacement de revenus et d’intégration légalement octroyée aux personnes hébergées dans un service résidentiel subsidié par l’A.W.I.P.H. Pour certains résidants il est parfois difficile de pouvoir payer la prestation. Sans l’appui de la direction de l’institution et l’intervention financière de celle-ci, rien n’aurait été possible.

Et les sentiments alors ?

            L’idéal est-il de rencontrer l’âme sœur, une personne de qui on tombe amoureux et avec qui on entretien des relations sexuelles épanouies ? Est-ce le rêve de tous ? Est-ce réalisable ? Comment imaginer l’occasion de la rencontre, de l’intimité, de la découverte et de la séduction quand on a besoin d’aide en permanence pour le moindre de ses actes.

           
Le besoin d’entretenir une relation affective et une relation sexuelle peut apparaître comme deux besoins distincts qui peuvent être satisfaits par deux personnes différentes.

Le risque de déception ?

            Est-ce le rôle du service de préserver les résidants contre le chagrin ? C’est illusoire, utopique, un beau rêve. La vie apporte son lot de joies et de peines à tous les êtres humains.

            Un des rôles de notre service est de soutenir les résidants dans leurs éventuelles peines et désillusions, de les aider à les surmonter, sûrement pas de les en préserver à tout prix.

En conclusion ?

            Il est nécessaire de rester attentifs à ne pas anticiper des demandes qui ne sont pas formulées, ni de proposer des solutions qui ne seraient pas celles proposées par les résidants. Rester à l’écoute, analyser les demandes, trouver les moyens d’y répondre reste la base de notre travail.

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