Editorial

Nouvelles technologies et handicaps

Jean-Marc DELIZEE
Secrétaire d’Etat aux Affaires sociales - Chargé des Personnes Handicapées

            Le concept de handicap a beaucoup évolué ces dernières décennies. Nous sommes en effet passés d’une considération exclusivement médicale du handicap d’une personne à la compréhension que sa marginalisation n’est pas strictement liée à sa condition mais est le produit de l’interaction entre la déficience ou les limitations de la personne et les milieux sociaux et les environnements dans lesquels elle évolue. Dans la mesure où on élimine les obstacles, la déficience entraîne peu voire prou de limitations dans l’accomplissement d’activités.

           Néanmoins, les personnes handicapées constituent à la fois un groupe hétérogène par le type de limitation qu’elles subissent et, globalement, homogène par leur situation socio-économique.

           Depuis 2009, date de son entrée en vigueur, la « Convention relative aux droits des personnes handicapées » vise notamment à «permettre aux personnes handicapées de vivre de façon indépendante et de participer pleinement à tous les aspects de la vie». Elle engage «les États à prendre des mesures appropriées pour leur assurer, sur la base de l’égalité avec les autres, l’accès à l’environnement physique, aux transports, à l’information et à la communication, y compris aux systèmes et technologies de l’information et de la communication, et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales». Ces mesures, parmi lesquelles figurent l’identification et l’élimination des obstacles et barrières à l’accessibilité, doivent s’appliquer, entre autres à l’accès à l’information et à la communication, aux lieux de travail, …

            Cette convention engage également les États Parties « à prendre des mesures appropriées entre autre pour élaborer des normes […] relatives à l’accessibilité des installations et ser-vices ouverts ou fournis au public ainsi que de faire en sorte que les organismes privés qui offrent des installations ou des services qui sont ouverts ou fournis au public prennent en compte tous les aspects de l’accessibilité par les personnes handicapées ».

           Malgré les efforts consentis et les progrès réalisés dans plusieurs domaines, les personnes handicapées vivent encore trop en marge de la société les opportunités de participation socioéconomique ne sont encore aujourd’hui qu’un rêve voire une utopie pour certaines d’entre elles.

           Dans notre société basée sur la connaissance, l’environnement bâti comprend toujours plus de matériel et d’appareils électroniques comme les claviers d’accès, les commandes environnementales, les distributeurs automatiques, les alarmes, etc. Les nouvelles technologies sont un élément clé de l’accessibilité à l’environnement bâti et doivent contribuer à faire disparaître les obstacles existants pour les personnes handicapées. La diffusion rapide de ces technologies permettra de construire des environnements « intelligents» donc de moins en moins « handicapants » quant à l’insertion socioéconomique des personnes moins valides.

           Le manque d’accessibilité des technologies handicape toutes les personnes qu’elles soient déficientes visuelles, auditives, motrices, intellectuelles et affecte aussi de plus en plus la population vieillissante.

          Les technologies ont joué un rôle important dans la vie des personnes handicapées en tant qu’outils d’adaptation et d’insertion. Je pense au sous-titrage pour les personnes sourdes et malentendantes, aux aides à la mobilité et à la communication pour les personnes ayant une limi-tation motrice, aux aides à l’accès à l’imprimé pour les personnes aveugles ou malvoyantes …

           Mais, l’extraordinaire extension des technologies dans notre société a généré un phénomène dont on commence à mesurer le caractère problématique : la fracture numérique. Alors que les technologies de l’information accroissent chaque jour leur présence dans la société, la diffusion de cette innovation n’est pas uniforme dans la population et ne bénéficie par conséquent qu’à une partie seulement des citoyens.

           Cette fracture ou fossé numérique connaît un double mouvement. D’une part, cette fracture a tendance à se réduire au rythme des nouveaux utilisateurs qui adoptent chaque jour ces nouveaux outils. Mais, d’autre part, elle a tendance à s’approfondir dans la mesure où tant le développement des nouveaux services et contenus que l’extension des utilisateurs isolent un peu plus chaque jour les citoyens qui n’ont pas accès à ces contenus et services.

           Ainsi, depuis 2004, le Ministre de l’Intégration Sociale coordonne entre chacune des entités de notre pays un Plan national de lutte contre la fracture numérique.

           Ce plan vise à rendre accessible la diffusion et l’usage des technologies de l’information afin de réaliser une inclusion sociale concrète de groupes particulièrement défavorisés et notamment des personnes en situation de handicap.

           Enfin, je suis convaincu que la valeur d’une société se mesure au niveau d’intégration qu’elle permet aux plus faibles des siens aussi ne pouvons nous faire l’économie de l’apport des nouvelles technologies afin d’optimaliser, encore et toujours, l’intégration des personnes en situation de handicap en les amenant à une réelle autonomie.


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