Enseignement
Conseil supérieur de lenseignement spécialisé
AVIS n° 131
Danielle PECRIAUX - Présidente du Conseil supérieur de lenseignement spécialisé
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Dans le cadre de lintégration scolaire - avis 127 (publié dans « LEntente » n° 59) - et en complément
de celui-ci, le Conseil supérieur de lenseignement spécialisé a présenté à la Ministre de lEducation lavis 131 qui concerne davantage les élèves infirmes moteurs sévères potentiellement réceptifs aux matières scolaires mais nécessitant un accompagnement spécifique pour répondre à leurs besoins.
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En vue de définir un encadrement destiné à des élèves avec handicaps physiques lourds entravant fortement leur autonomie et nécessitant des actes de soins et de nursing importants mais disposant de compétences intellectuelles leur permettant daccéder aux apprentissages scolaires grâce à des moyens orthopédagogiques très spécifiques.
Qui sont ces élèves ?
1. Ils présentent tous une autonomie réduite. Le médecin définit ce handicap en termes de pathologie lourde.
Dans des milieux restreints et connus, ils se déplacent de manière autonome grâce à une voiturette électrique adaptée. Dans tout autre endroit, laide dune tierce personne est toujours requise pour se déplacer. Ils ne peuvent utiliser leurs membres supérieurs et inférieurs pour des actes fonctionnels. Ils sont donc tout à fait dépendants face aux besoins de la vie de tous les jours.
2. Ils présentent en même temps une déficience ou une absence de langage mais ils sont aptes à utiliser une communication alternative. Sans aide technique, leur communication nest pas intelligible.
Les élèves concernés par le présent avis sont donc des enfants et adolescents infirmes moteurs sévères potentiellement réceptifs aux matières scolaires mais qui nécessitent, pour leur éducation et leurs soins, lusage de méthodes et doutils adaptés ainsi quun accompagnement spécifique.
Ils peuvent, en outre, cumuler dautres troubles qui viennent évidemment alourdir le handicap. Parmi les plus importants, les troubles sensoriels et perceptifs affectant le toucher, la vue ou laudition. Ces troubles sont généralement dorigine centrale.
Mais aussi:
Les troubles dyspraxognosiques tels que la lenteur didéation, les difficultés dattention, de concentration, de mémoire, dorganisation, dintégration du schéma corporel,
Les troubles de lorganisation spatio-temporelle.
Le trouble du rythme de travail, ralenti en raison dune fatigabilité importante.
Les troubles fonctionnels et organiques, incontinences, troubles digestifs, troubles du métabolisme, troubles respiratoires, épilepsie.
Et enfin, les troubles de la sphère psychoaffective, tels que labilité émotionnelle, excitabilité, problématique identitaire, tendances dépressives, difficultés comportementales, troubles de la personnalité (tendances autistiques ou caractérielles).
Toutes ces caractéristiques sinterpénètrent et constituent un profil de handicap global évoquant le polyhandicap, mais contrairement à cette typologie, il nexiste pas chez eux de blocage irrémédiable au stade sensori-moteur. Des aspects évolutifs, conduisant à une aggravation du handicap, ne sont pas à exclure.
Lenfant et ladolescent atteints, par exemple, dinfirmité motrice cérébrale restent dans leur hétérogénéité, malgré les restrictions extrêmes décrites plus haut, capables dacquérir les conventions sociales.
Ils sont aussi réceptifs aux matières scolaires pour autant quon utilise des méthodes orthopédagogiques adaptées.
Nous pouvons aussi facilement rejoindre la définition du Docteur Dan :
« Linfirmité motrice cérébrale est un groupe daffections du développement du mouvement et de la posture, entraînant des limitations des activités, attribuées à des troubles non progressifs survenus au niveau du cerveau en développement du ftus ou du nourrisson. Les troubles moteurs de linfirmité motrice cérébrale saccompagnent souvent de troubles sensoriels, cognitifs, de la communication, des perceptions et/ou du comportement et/ou de troubles comitiaux (épilepsies). Le concept sest donc enrichi daspects non moteurs. Parallèlement, la notion de handicap a nettement évolué pour inclure, outre les aspects médicaux, des dimensions sociologiques et la distinction entre les limitations plus directement liées à lindividu de celles qui sont plus étroitement liées à son environnement. »
Quels sont leurs besoins ?
1. La prise en charge en matière de soins et de rééducation dans le cadre de la vie scolaire:
Ce handicap multiforme, on pourrait dire multi-atteintes, entraîne des besoins impérieux, voire vitaux auxquels lécole doit répondre dans le cadre du capital période paramédical. Citons parmi les soins :
mise aux toilettes, change si incontinence,
alimentation (repas, collation,
) souvent avec des aspects spécifiques, repas mixés, régimes notamment dans le cadre des problèmes du métabolisme, prévention des fausses routes, alimentation par sonde gastrique,
prise et administration des médicaments,
transferts de position (mise en station debout par exemple), soins et kiné respiratoires, préventifs ou curatifs,
Il va de soi quune formation appropriée des intervenants est indispensable dans la plupart de ces interventions.
Une coordination, au quotidien, des transferts dinformations entre ces mêmes intervenants ainsi quune surveillance médicale, particulièrement sur les fonctions vitales, sont tout aussi indispensables.
2. Les conséquences sur les apprentissages scolaires :
Il nous semble intéressant de renvoyer en préalable de ce chapitre à un paragraphe de lavis 121 :
« Les troubles dapprentissage, y compris les troubles de langage qui perturbent parfois massivement la communication de lélève avec son environnement, nécessitent une approche prudente et éclairée. La très grande lenteur, les difficultés dorganisation, les difficultés de communication, laltération de certains processus cognitifs pourraient conduire à sous-évaluer les compétences de lélève et son potentiel. On évitera donc dassimiler ces troubles à de larriération mentale. On saperçoit alors que si on laisse le temps de la réflexion, que si lon propose des outils adéquats de substitution de langage ou daide à la structuration de la pensée notamment, on obtient avec un décalage un résultat satisfaisant. Il sagit sans doute là dune conséquence de la plasticité du cerveau humain, mais encore faut-il intégrer ces techniques et ce comportement pédagogique dans une pratique quotidienne ».
Quel projet pédagogique pour ces enfants et adolescents ? Quel est le contenu du PIA ?
Le Plan Individuel dApprentissage (PIA) est construit via :
la photographie des compétences effectuée par le CPMS qui a orienté lélève,
les observations, les évalutions du conseil de classe en relais avec le centre PMS de guidance et sur base des données longitudinales,
le partenariat avec les parents.
Toute la pédagogie sera évidemment individualisée et basée sur des approches multi-sensorielles afin de multiplier « les portes dentrée » sans toutefois oublier la dimension de formation sociale puisée dans la dynamique du groupe scolaire.
Un des apprentissages importants sera lacquisition par ces élèves dune communication alternative. Pour y parvenir, cest la communication multimodale qui sera privilégiée, recourant simultanément à lusage de loralisation, de la symbolique, de la gestuelle,
afin denrichir, organiser et fixer les images mentales (gestion mentale).
On peut comprendre aisément que nous ne sommes pas là dans une démarche pédagogique classique, et que celle-ci va réclamer des aptitudes particulières chez les enseignants qui devront rencontrer les caractéristiques des élèves telles que développées dans la définition.
Ils devront notamment se former aux nouvelles technologies informatiques, aux communications alternatives, aux approches multisensorielles, à la gestion mentale, à la pédagogie différenciée. Ils devront acquérir et exercer des compétences de travail en équipe.
Pour permettre une approche aussi diversifiée des élèves dans le cadre dun travail collectif, deux enseignants par classe sont nécessaires. Le capital périodes fixant lencadrement devra être plus favorable.
De la nécessité dun travail transdisciplinaire :
Mettre ces élèves au travail dans de bonnes conditions dinstallation et daccessibilité,
Concevoir des adaptations, des interfaces daccès aux synthèses vocales par exemple,
Concevoir des tableaux de communication et enrichir le capital « vocabulaire-symboles » de ceux-ci,
Renforcer les apprentissages de manière individuelle,
Elaborer des stratégies dapproches pédagogiques différenciées, sur base de la connaissance des troubles neuropsychologiques et fondées sur une observation fine des voies de réceptions préférentielles des élèves et de leurs compétences sensori-motrices.
Contribuer à lévaluation des acquis et à lélaboration du PIA.
Autant de démarches et dactes qui réclament des compétences complémentaires à celles de lenseignant et qui seront assurés par du personnel paramédical, kinésithérapeutes, logopèdes mais aussi ergothérapeutes (voir recommandations). Leur travail alternera entre prise en charge individuelle et présence en classe.
Linteraction entre ces différentes compétences professionnelles entraînera la constitution déquipes transdisciplinaires qui devront se former dans le but denrichir le travail déquipe mais aussi apprendre à vivre ensemble pour respecter les domaines de chacun.
Conclusions :
Répondre aux besoins de ces élèves, en matière de soins et dapprentissages, repose sur un encadrement diversifié et sur une action professionnelle qui réclament des acteurs :
disponibilité desprit et de temps
compétences acquises en formations continuées
pratique du travail en transdisciplinarité.
Nous avons aussi montré que les soins au quotidien, nom breux et lourds imposaient aussi un volume de prestations important. Il nous semble donc nécessaire denvisager une augmentation des normes de prise en charge « paramédical et enseignant ».
Rattacher ces élèves à la typologie « polyhandicapé » :
Ce serait sans doute la meilleure formule. Plusieurs raisons pourraient plaider en faveur de celle-ci.
Lorsque ces élèves sont jeunes, leurs compétences intellectuelles sont difficilement mesurables par les tests standardisés utilisés par les centres dorientation.
Durant toute leur scolarité, leurs besoins en soins et en nursing ne les différencient aucunement des polyhandicapés.
Cette population ne représente quune frange de la population type 4. Etant à la frontière du polyhandicap, certains sont peut-être déjà comptabilisés comme tel par les écoles, dans leurs projets de pédagogie adaptée.
Certes, lapproche pédagogique est différente mais cette différence se porterait plus sur le choix des fonctions (plus enseignant que « nursing » par exemple) que sur lencadrement global et sur les nombres guides y afférant.
Le conseil de classe et lorganisme de guidance pourraient être les garants dans le temps dune approche pédagogique adéquate.
Quoiquil en soit, lessentiel des recommandations qui concernent les polyhandicapés conviendrait aux élèves qui font lobjet du présent avis.
Propositions :
1. Associer ces élèves infirmes moteurs sévères aux projets de « pédagogies adaptées pour polyhandicapés» afin quils bénéficient dune organisation scolaire, de méthodes éducatives et de soins parfaitement adaptés à leurs besoins. Il sagit cependant de les distinguer par des objectifs scolaires appropriés.
2. Confier cette organisation spécifique aux centres PMS de référence dans le cadre de la guidance scolaire en partenariat avec le conseil de classe.
3. Adopter le nombre-guide 5 pour le personnel enseignant et le nombre de périodes 7 pour le personnel paramédical, tant au fondamental quau secondaire.
4. Adapter les rythmes scolaires par lorganisation dun horaire souple.
5. Accorder aux directions, soutenues par leur Pouvoir Organisateur, la liberté de met-tre en place des structures et des organisations scolaires qui correspondent aux exigences éducatives et de soins de ces élèves.
6. Réduire impérativement le temps de déplacement scolaire et utiliser du matériel roulant équipé des adaptations nécessaires.
7. Inclure dans les revendications générales concernant les formations des membres du personnel des écoles et des Centres PMS, celles spécifiques aux méthodologies adaptées pour ces élèves. Dans ce cadre précis, il nous faut redire lintérêt dune formation continuée plus intense pour les membres du personnel en début de carrière et cela en « transdisciplinarité ». Pour une harmonieuse mise en uvre de telles dispositions, le remplacement du personnel en formation devrait être prévu.
8. Doubler la subvention déquipement lors de linscription de lélève dans un niveau fondamental et secondaire car les besoins en matériel adapté sont importants.
9. Inclure, dans la liste des manuels scolaires reconnus et remboursables par la Communauté Française, des logiciels et matériels hardware (toutes les interfaces ergonomiques) nécessaires non seulement à la communication mais également à laccès à lécrit, à la lecture (ex : lecture au galop, Mind Express , etc.) ou aux mathématiques (ex : Cabri géomètre).
10. Reconnaître la fonction dergothérapeute dans lencadrement paramédical de lenseignement spécialisé.
Remarque :
Il est vraisemblable que ces élèves, en raison de leurs besoins spécifiques en matière de soins et déducation, fréquentent essentiellement lenseignement de type 4. Toutefois, en cas de handicap sensoriel important, lorientation vers un établissement de type 6 ou de type 7 est parfois envisagée.
Dans ce cas, nous proposons que lélève bénéficie des mêmes normes que la personne polyhandicapée scolarisée dans les mêmes conditions.
Le présent avis est accompagné dun document vidéo constitué de séquences filmées dans différentes écoles de type 4 fondamentales et secondaires qui montrent les élèves en activités.
Cet avis a été rédigé par un groupe de travail composé de Mesdames Danielle Arnolds, Claire Aubert, Gilberte Deschamps, Annie Ferenc, Pascale Godechoul, Martine Henquin, Joëlle Robbins, Agnès Roosens, et Messieurs Jean-Claude De Vreese, Jacques Dumont, Jean-François Maurer et Jean-Müller.
Merci à ces personnes pour leurs compétences et leur disponibilité.
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